Re-sponsable

On trouve dans la racine latine de ce terme, « sponsio« , qui renvoie à une promesse , précédée par le préfixe « re- » signifiant en retour. Il permet ainsi de signifier un engagement à rendre compte ou le fait de ré-pondre de ses paroles et de ses actes. En fouillant sur internet, je suis tombé sur des citations de philosophes qui tentent à faire penser que la responsabilité est une donnée essentielle qui fait de moi un être humain. Ainsi Levinas, dans son livre « Ethique et infini » affirme que Je suis moi dans la seule mesure où je suis responsable. Ce qui implique pour Hans Jonas que je suis invité à agir de telle sorte que les effets de mon action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre (1) .

Le libéralisme insiste beaucoup sur la responsabilité individuelle, négligeant parfois le fait que toutes et tous n’ont pas forcément les moyens, les formations ou les conditions permettant d’assumer toutes les responsabilités attendues. Il convient donc de reconnaître qu’il y a aussi une responsabilité collective. Celle-ci permet à la fois de suppléer à certains manques, à des injustices ou à des discriminations qui font qu’il n’est pas toujours possible de s’engager dans des promesses, mais aussi à tenir compte des conséquences des choix socio-économiques, politiques et environnementaux pour les autres, proches ou lointains, aujourd’hui et demain.

Je trouve remarquable que notre Constitution confédérale en affirme que le peuple et les cantons inscrivent leur loi fondamentale en étant déterminés à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité, conscients des acquis communs, de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures, et en sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres… Une saine manière de mettre le concept de responsabilité à sa place en le situant dans une réalité où nous vivons dans un ensemble où certes chaque individu doit et peut prendre sa place, sans ignorer qu’il est membre d’une communauté.

Pour sa part, la Constitution genevoise (2012) précise dans son premier article que la République et Canton de Genève est un État de droit démocratique fondé sur la liberté, la justice, la responsabilité et la solidarité. Dans le rapport présenté en tant que constituant sur cet article, j’insistais sur le fait que pour la commission chargée de le rédiger ces quatre termes riches de sens ne doivent pas être pris isolément mais considérés dans leur interdépendance. Pas de liberté sans justice et pas de responsabilité sans solidarité. Mais pas non plus de responsabilité sans justice sociale et respect des droits fondamentaux.

Les nations de nos jours ne sauraient faire que dans leur sein les conditions ne soient pas égales ; mais il dépend d’elles que l’égalité les conduise à la servitude ou à la liberté, aux lumières ou à la barbarie, à la prospérité ou aux misères(2). Cette citation de Toqueville met en évidence la responsabilité des nations dans leurs choix et en conséquence aussi celle des électrices et des électeurs qui leur délèguent le pouvoir, des juges qui en contrôle l’exercice afin d’éviter des abus ou diverses manières de le pervertir.

Maurice Gardiol, Blog Résistance et ouverture

  1. Le Principe responsabilité (1979)
  2. Alexis de Toqueville, De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4, p. 348

Source : https://gardiol.net/trait-dunion-petit-traite-sur-lentre-deux-episode-16-re-sponsable/